19 November 2013

Au seuil des 4000 visiteurs! Merci!

Wow! Je ne croyais jamais attirer un tel nombre de lecteurs à mon blogue! Je sais que récemment mon débit a ralenti à cause de mes études qui doivent prendre le dessus sur ma liste de priorités, mais quand même! Alors, pour vous remercier, je vous partage cette animation que j’ai créée de l’arsenal de Rochefort. Il s’agit d’un de mes premiers essais d’animation de GIFs. J’espère en créer d'autres pour agrémenter mon blogue. Au plaisir de vous partager de nouvelles découvertes dans les archives!

16 November 2013

English Posts, Alice Cooper, and Documentaries

Source
Well, for the longest time I hesitated in writing English posts on my blog. The trouble is, no one is ever happy with which language I choose. Someone is always feeling excluded. So, finding inspiration from Charlevoix’s blog, I’ll write in which ever language I find suits the target audience best. After all, I have a readership in both French Canada and the United States. 

That being said, I have quite a few projects in mind that would make use of Shakespeare’s tongue. One is my dream of someday creating my own documentary on the French in America. Funny thing is, however, I always thought that Vincent Damon Furnier (Fournier) would be the perfect narrator for such a program. Who is he, you might ask?

None other than Alice Cooper...

Why on earth would I choose Alice Cooper to narrate such a documentary? For one, he is of French descent. Second, he grew up in Detroit. Finally, for anyone who hasn't heard him being interviewed, he is not only a great artist, but a fantastic storyteller as well.

This idea has been trotting through my mind for quite some time. Now, I have never seen the movie Wayne’s World before and thus neither did I see Alice Cooper’s cameo until now. So when I saw this clip from the film today, I was immediately clued in that I’m not crazy... he is made for the job!


What do you think? Wouldn't he be a great narrator?

31 October 2013

Joyeuse Halloween!



Joyeuse Halloween à tous ceux et celles qui lisent mon blogue! J'aimerais m'excuser: je voulais vraiment vous écrire un blogue sur les histoires de fantômes de la Nouvelle-France, mais je suis vraiment dans le jus: j'ai deux travaux à remettre pour mes séminaires doctoraux, un atelier de paléographie à préparer, des articles à écrire pour ci et pour ça, bref... J'espère me faire pardonner en vous donnant quand-même l'image que j'ai "photoshoppé" pour l'occasion à partir du dessin original de Dirk Gringhuis, parut originalement dans son livre Were-Wolves and Will-O-The-Wisps: French Tales of Mackinac Retold (Mackinac Island, Michigan, Mackinac State Historic Parks, 1974. 105 p.). 
Entretemps, je vous partage le lien à l'émission de radio à Catherine Ferland du samedi dernier où j'ai eu l'occasion à nouveau de parler de lycanthropie dans un cadre colonial : http://cferland.wordpress.com/tu-parles-dune-histoire/emission-du-26-octobre-2013-halloween/
Ne mangez pas trop de friandises!

23 October 2013

Bonne nouvelle pour une maison patrimoniale aux Illinois!

Photo : Joseph Gagné, octobre 2010
En 2010 et en 2013, j'ai eu le plaisir de visiter Sainte-Geneviève au Missouri. Ces deux fois, j'ai pris l'occasion de visiter la superbe maison Béquette-Ribault. Laissée un peu à l'abandon, n'importe qui pouvait constater qu'elle avait besoin d'amour et d'attention de la part de conservateurs... Eh bien! Je viens d'apprendre qu'elle a été récemment achetée par un certain Hank Johnson. Le nouveau propriétaire veux lui donner une cure de jeunesse afin d'en faire un nouveau centre d'interprétation, à l'image de la maison Bolduc. Vous pouvez vous renseigner davantage au Ste. Genevieve Herald en suivant ce lien.

29 August 2013

Le mystérieux Jean-François Bernier

Le métier d’historien est parfois pénible et frustrant. Autant qu’on veuille bien élucider un mystère, le manque de sources ou la difficulté d’y avoir accès peut ériger des obstacles qui ne sont pas facilement surmontables. Prenons l’exemple de Jean-François Bernier.
Qui est-il? J’aimerais bien le savoir!
La Nouvelle-France et
le Pays des Illinois (encadré orange)
Source : BAnQ
Remontons d’abord à la genèse de l’intérêt pour cet illustre inconnu. Il m’arrive parfois de voyager entre l’Illinois et le Missouri pour visiter le Pays des Illinois. Cette ancienne colonie qui dépendait du gouvernement de La Nouvelle-Orléans se situait approximativement entre la rivière des Illinois et la rivière de l’Ohio. Au printemps 2013, j’ai eu l’occasion de visiter à nouveau le joli village de Sainte-Geneviève. Fondé quelque temps dans les années 1750, ce petit patelin est rapidement devenu un des joyaux de la colonisation française au cœur de la vallée du fleuve Mississippi. Toujours aujourd’hui, nous y trouvons parmi les plus beaux exemples d’architecture créole du XVIIIe siècle (lorsque je parle de « créole », il s’agit du contexte de colon français né dans le Pays des Illinois, et non d’une personne née d’un mariage mixte. Tout comme le terme « Canadien » à l’époque désigne un Français né dans la colonie du Canada.). Accompagné de ma copine et d’amis de Québec, j’ai eu le bonheur de revisiter certaines maisons historiques, dont la maison Bolduc qui est aujourd’hui un lieu patrimonial. Cependant, grâce à l’amabilité de notre guide Bonnie Samuelson, nous avons aussi eu le privilège de faire une visite guidée de plusieurs résidences privées, normalement clos au public. Notre dernier arrêt n’était nul autre que l’ancienne maison de Jean-François Bernier.
Construite en 1787, la maison a presque succombé aux flammes lorsqu’un incendie s’y est déclaré en juin 2010. Heureusement, par pure coïncidence, les membres des pompiers bénévoles de Sainte-Geneviève étaient tous rassemblés pour leur réunion mensuelle ce même soir. Ils ont donc pu combattre le feu avant qu’il ne consomme le bâtiment entier. Abandonné comme tel pendant quelques années, c’est au mois de mai 2013 que le couple Ed et Lauren Moore l’achète pour le rénover.

La maison François Bernier
Sainte-Geneviève, Missouri
De l’extérieur, nous n’aurions jamais deviné qu’il s’agissait d’une maison coloniale française. Seule indice : quelques planches arrachées du revêtement extérieur qui révèlent la construction en poteaux. (D’ailleurs, David MacDonald, un de mes amis américains qui nous accompagnait, aime blaguer qu’il aimerait bien se promener dans Sainte-Geneviève avec un levier pour voir quelles autres maisons créoles se cachent derrière des revêtements modernes…)

Un brin d'histoire bien caché...
La scène intérieure, toutefois, est désolante : le sinistre n’a pas achevé la maison, mais tout comme. Suffise de dire qu’après les flammes et l’extraction de matériel irrécupérable, il ne reste que la charpente de la maison à base de poteaux sur sole. Tout est à refaire, tout en essayant de conserver le plus de poteaux originaux que possible (sauf exception des pièces carbonisés). C’est un dur travail de rénovation qui attend les Moore. Heureusement, leur passion sera sans doute à la hauteur!

Un patrimoine endommagé...
Cela dit, nous revenons à notre énigme initiale : Ed et Lauren veulent connaître la biographie du premier propriétaire de leur nouvelle maison. Je me suis donc offert pour les aider de mon mieux. J’ai commencé mes recherches à partir de ces trois indices : selon la tradition locale, Bernier était originaire de Cap-Saint-Ignace; ses enfants sont tous nés après 1780 et nous savons qu’il est mort à Sainte-Geneviève. Me servant de la base de données du Programme derecherche en Démographie Historique, j’ai retracé tous les François Bernier nés dans le coin. Éliminant un à un tous les individus décédés dans la région, il ne me restait que Jean-François Bernier, né en 1738, et un François-Xavier Bernier, né le 3 avril 1710. Le PRDH n’a pas pu retracer leurs lieux de décès. Toutefois, il est évident qu’on peut éliminer François-Xavier qui ne porte pas le bon prénom et qui, sans doute, n’a pas eu d’enfants si tard.
À partir d’ici, il est facile de trouver l’acte de baptême original de Jean-François. Nous savons donc qu’il est né le 27 février 1738 à Cap-Saint-Ignace, et qu’il a été baptisé le 4 mars de la même année dans la paroisse Saint-Ignace-de-Loyola. Ses parents sont Louis Bernier (baptisé le 2 septembre 1707 à Cap-Saint-Ignace, décédé le 1er mars 1794 à L’Islet) et Marguerite-Françoise Lemieux (baptisée le 14 septembre 1710 à Cap-Saint-Ignace, décédée le 28 janvier 1782 à L’Islet), mariés le 17 avril 1730. Enfin, Jean-François est le sixième de quatorze enfants. Ce nombre élevé de frères et de sœurs complique la division de la terre familiale, expliquant donc en partie pourquoi Jean-François a choisi de s’installer aux Illinois.
L’internet nous offre quelques autres dates ayant rapport à François et sa famille (dont ici : https://familysearch.org/pal:/MM9.2.1/STD8-DHY). Toutefois ces données sont criblées d’erreurs. Certains sites vont même donner un tout autre nom à sa femme. Comment s’y retrouver sans les documents originaux pour double vérifier? Bibliothèque et Archives nationales du Québec m’offraient deux perspectives potentielles intéressantes. D’abord, PISTARD, le moteur de recherche des archives.
Rien.
Ensuite, la base de données Parchemin, qui énumère tous les actes notariés de la vallée du Saint-Laurent
Non plus.
Je me suis tourné à l’index du fonds Kaskaskia Manuscripts, c’est-à-dire les actes notariés de Kaskaskia.
Échec à nouveau.
Enfin, j’ai vérifié le recensement espagnol de 1766 de Sainte-Geneviève.
Nada.
Décidément, soit que François Bernier arrive plus tard au Pays des Illinois ou bien il est recensé dans un autre document que je ne connais pas.
Bref, impossible de déterminer à partir de BAnQ quand François quitte le Canada pour la Haute-Louisiane (autre nom donné au Pays des Illinois). Est-ce que cela veut dire pour autant que je dois abandonner la recherche? Non. Il nous reste quelques options qui devront attendre un voyage hors du pays : par exemple, je pourrai peut-être trouver des indices au Missouri History Museum parmi les French and Spanish Archives de 1763-1841. Il ne faut pas négliger non plus les archives paroissiales de Sainte-Geneviève et d’autres sources d’actes notariés, trouvées aux États-Unis.
Voilà donc qui illustre les problèmes que nous, historiens, pouvons rencontrer lors de nos recherches. Remarquez, ma recherche au sujet de François Bernier n’a duré qu’une journée. Avoir plus de temps à me concentrer sur ce problème, sans doute je pourrais dégager plus d’information. Aussi, j’ai dû dépendre des outils de recherche à ma disposition. Qu’importe la qualité de l’outil ou de l’index utilisé, il se peut toujours qu’un document ou une information y échappe. Qui dit bon historien dit souvent historien chanceux : on trouve souvent des documents importants par accident. J’ajouterais toutefois que tout bon historien est un historien patient et débrouillard : certes, je n’ai rien trouvé de plus pour l’instant, mais j’ai certainement l’intention de garder l’œil ouvert pour François Bernier dans mes futures pérégrinations archivistiques.
Entre-temps, souhaitons à Ed et Lauren Moore autant de chance et de patience dans la restauration de la maison François Bernier!

[I would like to thank Ed and Lauren Moore for their help and permission in writing this blog post. It was a pleasure meeting you and I hope to see the fruit of your labours soon!]

Acte de baptême de Jean-François Bernier
(transcription ci-dessous)
Bat. de Jean françois Bernier 
L’an Mil Sept cent trente huist le quatriesme jour du mois de mars a Été baptisé dans l’Eglise de S.t ignace Par nous soussigné missionaire Jean françois né le vingt septiesme du mois Precedent fils de Louis Bernier habitant de La Paroisse de nôtre dâme de Bon secour Et de Marguerite Lemieux Sa femme, le Parein a Eté Jean françois morneaux Et La Mareine Elizabeth Cloutier fille de deffunt Guillaume Cloutier Lesquels ont tous déclarés ne sçavoir Signer [de ce] interpellée suivant l’ordonance
Frère Simon foucault [recollet]
Liens et lectures suggérés :

26 August 2013

Ça arrive d'être fatigué...

Leçon importante. Parfois, il est bon de s'arrêter d'écrire avant de faire des coquilles du moins... intéressantes. Exemple : le soir où j'ai mal écrit « guerre de Sept Ans » en travaillant sur mon mémoire de maîtrise. Ma copine américaine refuse de me laisser l'oublier... 


21 August 2013

Caricature de Champlain

Que voulez-vous... pendant les colloques et les réunions, je gribouille...

19 August 2013

Pilori vs Carcan

Photo: Cathrine Davis 2012

Je fouillais parmi mes vieilles photos des Fêtes de la Nouvelle-France des années passées, lorsque je suis tombé sur celle ci-dessus. Cela m’a fait rappeler que la plupart des gens se trompent entre le carcan et le pilori. Voici deux définitions que j’ai préparées pour un projet personnel (préparées entre autres grâce au Dictionnaire de l'Académie françoise, Quatrième édition, 1762.) :

Pilori
Instrument de punition utilisé pour exposer un criminel à l’humiliation publique. Habituellement composé de planches horizontales avec trois trous qu’on fixe de sorte à immobiliser les mains et la tête du condamné. Souvent confondu avec le Carcan. [Comme l'auteur ci-haut!]

Carcan
Instrument de punition composé d’un anneau de fer, qu’on fixe autour du cou, attaché à un poteau par une chaîne. La mise au carcan peut être accompagnée du port d’un écriteau où est inscrit la nature du délit. La personne châtiée est ainsi exposée à l’humiliation habituellement dans un endroit publique, comme le marché. Souvent confondu avec le Pilori. [Comme ci-dessous]

Carcan. Source: Gallica


14 August 2013

Le billard dans les bois

La partie de billards, par Jean-Baptiste Chardin, vers 1725.
Musée Carnavalet de Paris.
Source: Wikipaintings
Le billard se trouve parmi les passe-temps les plus populaires en Nouvelle-France. « En grande vogue en France » sous Louis XIV, selon Pierre-Georges Roy, « Les anciennes archives judiciaires de Québec et de Montréal contiennent de nombreuses pièces qui prouvent hors de tout doute possible que le billard était assez en vogue dans la colonie dès le milieu du dix-septième siècle. Dès les premières années du dix-huitième siècle, il y avait des salles de billard publiques à Québec et à Montréal. » (Roy, p. 244).

C’est le cas d’ailleurs dans le Pays d’en Haut. Détroit, par exemple, possède au moins un « billard », c’est-à-dire une salle de billards. Toutefois, des individus peuvent posséder leur propre table aussi, à y croire cette lettre d'un certain Pierre Monbron de Michilimackinac que j'ai trouvée aux archives du Chicago History Museum :
 Ma chere anfant 
J’espere vous donner encore de nos nouvelles bientost mais an attandant je profite de celle de Mr Laverandry pour vous souhaiter une scanté aussi parfaite que la nostre[.] j’ay remit un certificat a [d’etailly/d’etailles] et comme il est dans le chagrin pour la perte de son epouse voudray bien vous en charger et tachés de le faire payer sur qcoy je vous prie de m’envoyer trois ou quatre jeux de Bille de Billard coute que coute parce que n’a nayant pas cela me foit grand tord et si vous pouvez m’en envoyer davantage vous me feray encore plus de plaisir vous pranderay nostre payement et le reste vous pouray vous en servir jusqu’a nouvel ordre vous [m’en] [obligeray] [fort] si cela [se peu] vous [le] remetray a Mr Lamagdelaine ou a [guioffon/guiosson] je crois qu’il se feront un plaisir de san charger 
je finis en vous priant de faire nos compliment a Mr [Guivaud/Guivard] et a [Msd] Rabat et Getant et an attandant le plaisir de recevoir de nos nouvelles et en ambrassant nostre petite famille de tout nostre coeur a qui nous souhaitons aussi une parfaite santé nous sommes et seront toujours 
Vostre chere pere et mere Monbron [et cecile] cousinot 
De Michelimakinac ce 20 7bre 1756
Je n'ai pas pu identifier l'auteur de cette lettre, outre l'avoir retrouvé dans les registres paroissiaux du fort. Est-ce que sa commande est pour utilisation personnelle? Ou bien pour la revente au fort? Mystère.

Première page de la lettre de Monbron

Sources et suggestions de lecture :
  • Le 20 septembre 1756. Lettre de Pierre Monbron et de son épouse, à Michillimakinac, à leur fille. Chicago History Museum. French America Collection. Box 4. Folder 313.
  • BLAIS, Jean-François. 104 Histoires de Nouvelle-France, Épisode 008: Le billard en Nouvelle-France, baladodiffusion, le 24 novembre 2008. Lien.
  • MASSICOTTE, E.-Z., «Le jeu de billard sous le régime français», Bulletin de recherches historiques,Vol. XXIII, 1917, pp. 153-154. Lien. 
  • ROY, Pierre-Georges, «Le billard sous le régime français», dans Petites choses de notre histoire, Vol. III, Lévis, 1919, pp. 242-247. Lien.  

30 June 2013

John Law and the Mississippi Bubble (ONF)

Un petit classique de l'Office national du film qui explique l'échec du plan de John Law pour la Louisiane (désolé, je n'ai trouvé que la version anglaise). 

15 April 2013

La Monnaie royale canadienne s'est-elle rachetée?


Mon dernier blogue portait sur une commémoration ratée de la guerre de Sept Ans par la Monnaie royale canadienne (lire l’article ici). Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que la MRC vient de produire une autre pièce commémorative.
Mon verdict? Superbe!
La pièce, tirée en 500 exemplaires, est composée d’argent pur à 99,99% d’un poids colossal d’un kilogramme. On la décrit ainsi :
Conçu par l’artiste canadien Luc Normandin, le motif au revers représente une carte ancienne inspirée de celles que produisait Didier Robert de Vaugondy au milieu des années 1700. Elle montre la région où la guerre de Sept Ans s’est déroulée en Amérique du Nord. Au centre de la pièce, une bannière commémorative est entourée des armoiries royales de la France (à gauche) et de celles de l’Angleterre (à droite).
Décidément, l’artiste a compris que pour commémorer un événement aussi important ainsi que controversé, la simplicité doit régner. J’applaudis donc l’idée de mettre de l’avant que les armoiries des pays impliqués pendant la Conquête et une carte du territoire.
Reste-t-il que je suis désolé de ne pas avoir les 2250$ demandés pour l’ajouter à ma collection!

Pour les intéressés, elle est disponible ici.

07 April 2013

Nouvelle pièce de la guerre de Sept Ans : Une commémoration manquée?

L’année 2013 marque le 250e anniversaire de la fin de la guerre de Sept Ans. Ce conflit est sans aucun doute l’événement le plus marquant de notre histoire : après tout, sa conclusion ampute à la France ses plus larges possessions en Amérique du Nord. La Nouvelle-France n’est plus. Les frontières du continent sont radicalement redessinées et réparties le long des nouvelles possessions britanniques et espagnoles. Mais le conflit persiste : les nouvelles tensions soulevées par la nouvelle répartition des pouvoirs coloniaux mèneront entre autres à la transformation de la société canadienne. C’est la genèse d’une nouvelle culture palpablement distincte de la France et de l’Angleterre. Aujourd’hui, alors que le gouvernement Harper dépense (gaspille?) des millions de dollars sur la commémoration de la guerre de 1812, il est désolant de voir que la guerre Sept Ans passe presque entièrement sous silence.
Pourtant, nos voisins du sud se donnent à cœur joie de commémorer cette guerre (connue chez eux comme la « French & Indian War »). Partout aux États-Unis, les lieux historiques liés à ce conflit ont hébergé des reconstitutions historiques (« Reenacting » chez les Anglophones) et des conférences publiques pour rappeler l’importance de cette « guerre qui créa l’Amérique ». C’est d’ailleurs le titre donné à l’excellent documentaire de la chaîne PBS, The War That Made America. Pendant plusieurs semaines, l’auditoire de la télévision publique américaine a eu la chance de se renouer avec la mémoire de cette guerre trop souvent éclipsée par celle de leur révolution.
Aucun engouement de la sorte au Canada. Bien sûr, les historiens ont fait leur part de publier de nouvelles recherches et d’animer des conférences, mais le public n’était pas au rendez-vous. Au Québec, la plaie laissée par le souvenir de la Conquête saigne toujours, et au Canada anglais, l’ignorance crasse de l’histoire canadienne-française relègue le tout aux oubliettes.
Tâchons aussi d’oublier la commémoration malhabile de la Commission des champs de bataille nationaux. Par un vrai manque de tact, les organisateurs ont raté l’occasion parfaite de faire mieux connaître et comprendre l’importance de ce conflit auprès du public à l’aide d’une reconstitution massive du siège de Québec sur les plaines d’Abraham. Leur première erreur a été de n’avoir pas expliqué au public ce qu’est le phénomène de reconstitution historique. Le passe-temps de « reenacting » est plus populaire chez les Américains qu’ici : il n’est pas étonnant donc que la population locale ait mal perçu l’intention derrière l’activité. Celle-ci, qui devait faire appel à un nombre sans précédent de « reenactors » québécois et américains, a fini par être interprétée (majoritairement par les souverainistes) comme une gifle contre l’honneur du Québec. Au lieu de comprendre que les reconstituteurs historiques animent de telles activités par amour de l’histoire, certains ont même proféré des menaces de violence, comparant à tord le contexte de la reconstitution proposée à celui de recréer la Shoah pour les juifs. L’atmosphère était d’ailleurs plus tendue du fait que les organisateurs donnaient à l’activité un air de célébration au lieu de commémoration (les critiques s’étaient surtout accrochés aux publicités illustrant un Montcalm et un Wolfe souriants, se donnant la main). Le tout, on se rappel, s’est soldé par une annulation de la reconstitution et de la création au lieu du Moulin à parole.
Bref, le souvenir de la guerre de Sept Ans n’a pas fait le même objet de pompe que la guerre de 1812, pourtant quasi insignifiante dans notre histoire. Ceci nous mène au vif de notre sujet d’aujourd’hui : comme nous l’avions espéré, la Monnaie royale canadienne vient enfin de produire une pièce commémorant la guerre de Sept Ans. Le résultat, toutefois, laisse à désirer. Voici la description du design :
Œuvre de l’artiste canadien Tony Bianco, le motif représente l’ensemble des peuples qui ont pris part à la guerre de Sept Ans et qui y ont été exposés. Les soldats britanniques et français, les peuples des Premières Nations et les colons y sont représentés, de même qu’un enfant qui symbolise l’espoir en l’avenir. Les personnes sont tournées vers l’est, au-delà de l’océan Atlantique, en direction de l’ancien monde. La carte à l’arrière-plan montre la région où le conflit a eu lieu en Amérique du Nord, et les bannières et les décorations au haut et au bas de la pièce reprennent les styles typographiques en vigueur dans les cartes et les documents officiels des XVIIe et XVIIIe siècles.
Initialement, avant de porter mon jugement final sur la pièce, j’avais consulté quelques collègues et amis pour connaître leur avis. L’unanimité de leurs opinions reflétait le mien. Je résume en paraphrasant une amie : le design nous laisse froids.
Bien que nous ne doutions pas de l’effort de l’artiste d’avoir voulu être le plus inclusif et neutre possible, cette représentation demeure toutefois qu’une « vision d’artiste ». L’angoisse et le tumulte de la Conquête y sont effacés pour faire place à une scène bénigne, dépourvue de la complexité réelle de la situation.
Notons d’abord les détails qui nous sautent aux yeux : reconnaissant immédiatement le soldat britannique, le soldat français et l’Amérindien, on se demande qui sont les deux autres personnages. L’explication officielle ne fait que nous confondre d’autant plus : on les décrit comme un colon et « un enfant qui symbolise l’espoir en l’avenir ». De quel colon s’agit-il? Selon ses habits, il nous paraît être britannique… où se trouve donc le colon de la Nouvelle-France, nouvellement annexé à la couronne britannique? Et que dire de l’enfant, symbole « d’espoir »? Difficile de parler d’espoir alors que les Habitants de la colonie canadienne doivent choisir entre rester en Amérique sous l’égide d’une langue et d’une religion étrangère, ou de quitter pour une France tout aussi étrangère par sa culture métropole… Sans oublier les Acadiens qui continuent d’être déportés à mesure que les Britanniques les trouvent. On ne peut non plus prétendre que la pièce commémore la paix, car l’Amérindien qui y figure peut tout autant symboliser la guerre de Pontiac qui va rager pendant trois autres années. Et quelqu’un peut-il bien m’expliquer pourquoi le soldat français semble porter un demi-sourire?
« La carte à l’arrière-plan montre la région où le conflit a eu lieu en Amérique du Nord » : pourtant, on n’y voit que l’Acadie, et à peine l’entrée du Saint-Laurent. Nulle part ne voit-on la vallée de l’Ohio ni le corridor du lac Champlain et de la rivière Richelieu où a eu lieu la majeure partie de la campagne militaire. Nous pouvons même critiquer des détails normalement anodins, car on précise « les bannières et les décorations au haut et au bas de la pièce reprennent les styles typographiques en vigueur dans les cartes et les documents officiels ». En réalité, les décorations ont plus un semblant de celles du XIXe siècle et ne ressemblent aucunement aux cartouches et ornements des cartes de la guerre de Sept Ans.
À l’inverse, il faut toutefois se demander : qu’aurait-t-on pu faire de mieux? Encore une fois, je précise que la tâche de l’artiste en question n’était pas facile. Comment évoquer une guerre dont la question de commémoration est si délicate? Il ne faut pas chercher à vexer qui que ce soit, ni glorifier personne en particulier. En cherchant à rendre tout le monde heureux, on peut finir par ne pas satisfaire qui que ce soit. Peut-être que la clef de l’énigme est la simplicité? Je reproduis ici le logo conçu par l’État de la Pennsylvanie dans le cadre de ses propres commémorations : sobre, mais excitant, simple, mais évocateur, il est neutre, mais permet à chacun d’y tirer sa propre interprétation personnelle. Peut-être la Monnaie royale canadienne aurait pu s’en inspirer?
Ma conclusion finale : Bien que je sois un collectionneur de pièces de monnaie, je vais m’abstenir d’acheter celle-ci, étant franchement déçu. Cette commémoration est, comme disent les Anglais, « too little, too late ». 

Sources et suggestions de lecture :
  • Dollar en argent épreuve numismatique édition limitée - 250e anniversaire de la fin de la guerre de Sept Ans. Monnaie royale canadienne. Lien.
  • The Fine Art of Tony Bianco. http://tonybiancoart.com/
  • French & Indian War Commemoration: 250 Years. (État de la Pennsylvanie). http://www.warforempire.org/
  • « La reconstitution est annulée »Radio-Canada. Le mardi 17 février 2009. Lien.


03 April 2013

La Corriveau ressuscitera sous peu!

Deux très bons amis, Catherine Ferland et Dave Corriveau, préparent un nouveau livre sur La Corriveau.  Voici un avant-goût!

30 March 2013

Alligator = Poisson [...]

Montage: Joseph Gagné

Sans blague : cette semaine, on apprend que l'Église catholique vient d'ajouter l'alligator à sa liste d'animaux qu'elle considère comme étant des poissons. 
Pour comprendre (à peine…), il faut se rappeler qu’en Nouvelle-France, les catholiques observent 145 jours de jeûne. C'est-à-dire qu’ils ne peuvent manger qu’un repas à midi et doivent s’abstenir de consommer de la viande. En plus du carême (les 40 jours qui précèdent Pâques) et d’autres fêtes religieuses, chaque vendredi fait l’objet de cette observation. Toutefois, l’habitant a la permission de manger du poisson. Ceci explique d’ailleurs l’importance de la pêche commerciale en Nouvelle-France.
Cependant, la restriction sur la consommation de viande n’incommode pas tout le monde : alors que certains en font fi tout simplement (bien que des punitions existent), d’autres trouvent des prétextes plutôt amusantes pour détourner l’interdit. Depuis le Moyen âge, certains affirment que le castor ne serait pas une viande interdite vu son origine aquatique. En effet, Monseigneur Laval confie la question identitaire de ce rongeur aux théologiens de Sorbonne. Leur conclusion? Le castor est classé comme poisson selon la « logique » que l’animal passe la grande partie de sa vie dans l’eau et que sa queue est recouverte d’écailles! C’est une classification qui fera sans doute pâlir un futur Carl von Linné…
De plus, le castor n’est pas le dernier animal à être ainsi classé : le rat musqué sera particulièrement apprécié dans le Pays des Illinois. Toujours aujourd’hui, on peut en retrouver en vente dans certains restaurants de l’état des Illinois (il s’agit de s’habituer au goût, selon les dires…).
La Nouvelle-France n’est pas la seule colonie à tricher de la sorte : le capybara, le plus gros rongeur au monde, devient lui aussi un « poisson » au profit des catholiques sud-américains.
Alors que le concile Vatican II (1962-1965) abolit la plupart des prescriptions de jeûne dans la théologie catholique, il est curieux de constater qu’elle ne rectifie pas ses connaissances taxonomiques… Revenant donc à nos alligators— euh… moutons, nous avons été surpris d’apprendre qu’en 2010 le restaurateur Jay Nix de La Nouvelle-Orléans avait écrit à son archidiocèse pour savoir si l’alligator était également inclus dans la famille des poissons. La réponse de l’archevêque Gregory M. Aymond? « Yes, the alligator's considered in the fish family, and I agree with you — God has created a magnificent creature that is important to the state of Louisiana, and it is considered seafood »
Pour vous mettre l'eau à la bouche, voici quelques photos et un vidéo de mon voyage l'an dernier en Louisiane! (Ah, et j'oubliais : l'alligator, c'est délicieux! De préférence dans un sandwich Po-boy!)


Sources et lectures suggérées:
  • ANTOLINI, Tina. « Forget Fish Fridays: In Louisiana, Gator Is On The Lenten Menu ». NPR, 25 mars 2013. Lien.
  • AUDET, Bernard. Se nourrir au quotidien en Nouvelle-France, Québec, GID, 2001. pp. 262-272.
  • MARCHAND, Philippe. Ghost Empire: How the French Almost Conquered North America. McClelland & Stewart, 2006. 464 p. 
  • TANNENBAUM, Kiri. « Catholic Archbishop Declares Alligator Seafood for Lent », Delish, 27 mars 2013. Lien.
Vidéo boni : Manger du rat musqué!

18 March 2013

Rassemblement de la milice au fort Saint-Joseph

Voici un court documentaire (27 minutes) au sujet de la reconstitution historique annuelle au fort Saint-Joseph au Michigan. Peut-être y reconnaîtrez-vous quelqu'un? ;)



Informations supplémentaires :

17 March 2013

Intime avec des castors

Comment ne pas partager ce vidéo? La personne qui filme est si enthousiaste! De toute manière, c'est important de souligner l'importance du castor dans l'histoire de la Nouvelle-France!

10 March 2013

L'homme qui a vu l'ours!

Un autre extrait des mémoires de notre cher Bonin, alors qu'il vient de quitter Michilimackinac et se retrouve sur la rivière des Outaouais : 
Au moment de notre arrivée [le 12 septembre 1753] nous aperçûmes un ours traversant la rivière à la nage et venant de notre côté, à la distance d’une bonne portée de fusil, je courus moi quatrième dans l’intention de lui disputer non seulement le passage, mais de le tuer. A peine eut-il posé ses pieds à terre que nous lui tirâmes trois coups de fusil, il secoua la tête en avançant toujours, je me jetai au devant et assez prêt pour lui enfoncer dans le flanc droit mon couteau de chasse que je fus forcé d’abandonner aussitôt par le mouvement que fit cet animal qui se jeta de suite sur moi et me mit sous ses deux pieds de devant; mes compagnons me voyant dans cette position, n’osant plus tirer sur l’ours se contentèrent de crier pour l’épouvanter. Je fus retourné deux fois de droite et de gauche par l’animal, je contrefis le mort à tout hasard, me resouvenant d’avoir entendu dire que c’était la seule manière d’éviter la colère de l’ours; pendant ce temps-là mes compagnons qui n’avaient pu par leurs cris lui faire peur, prirent le parti de tirer plusieurs coups de fusil en l’air, alors l’animal me quitta, après m’avoir tenu sous lui pendant un demi quart d’heure qui me parut bien long, il s’en fut gravement sur le bord du bois où il se retourna en se posant sur son derrière et nous regarda audacieusement, malgré plusieurs coups de fusils qui lui furent tirés. On vint à moi, aussitôt qu’il m’eut quitté, .je me levai et fit comme les autres qui étaient venus sur la nouvelle que j’étais terrassé et nous fûmes tous à la poursuite de l’ours, qui se sauva dans le bois avec plusieurs coups de fusils et mon couteau de chasse au côté, nous le poursuivîmes, à la trace de son sang, l’espace d’une demie lieue où il s’arrêta et reçut encore quelques coups de fusils qui le firent tomber sur le côté, nous nous avançâmes aussitôt sur lui, en achevant de le tuer et je lui repris mon couteau de chasse qui n’était entré que dans sa panse, il fut ensuite éventré et coupé par morceaux dont chacun s’empara pour les emporter au campement afin d’être mangé en société.
Source : CASGRAIN, H.R. (éditeur). Voyage au Canada dans le nord de l'Amérique septentrionale fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B., Québec, Imprimerie Léger Rousseau, 1887. pp. 91-92

Note: Pour les intéressés, le livre entier est disponible gratuitement sur Archive.org suivant ce lien.

07 March 2013

Les castors du roi


Cette curieuse toile de Kent Monkman s’intitule « Les Castors du roi ». Elle a été peinte en 2011 et a été donnée au Musée des beaux-arts de Montréal en honneur de son 150e anniversaire. Un communiqué du musée explique la genèse du tableau :
Dépensier jusqu’à l’extravagance, Louis XV était aussi un grand amateur de chasse qui avait commandé pour Versailles des tableaux illustrant des scènes cynégétiques dans les pays les plus lointains, destinés à une galerie sur ce thème. Cependant, aucun ne dépeignait une chasse en Amérique du Nord. D’où l’idée de Kent Monkman de réaliser cette œuvre absente des collections royales, en s’inspirant des artistes rocaille tels que Nicolas Lancret ou François Boucher.
L’artiste a également pastiché diverses images d'époque que l'on peut reconnaître (par exemple, la hutte de castor inspirée de cette gravure). Toutefois, le scénario imaginé par Monkman choque : évoquant les sensibilités modernes vis-à-vis des droits des animaux, l’artiste s’éloigne des représentations romantiques de la traite des fourrures avec leurs coureurs des bois et leurs voyageurs (pensons aux oeuvres de Frances Anne Hopkins). Il se focalise au lieu sur le castor, le vrai sujet principal (et souvent négligé) de la traite des fourrures en Amérique. Notons aussi que Monkman s’éloigne ici de l’image du « bon sauvage » en harmonie avec la faune, illustrant ici au lieu des Amérindiens tout aussi avides de participer à cette traite (ou massacre?).
Que l’on aime cette représentation ou pas, l’important est que ce tableau nous porte à réfléchir d’une nouvelle façon (quoique très dramatique) sur notre rapport avec ce gros rongeur et son rôle important dans notre histoire nationale.


Liens suggérés:

20 February 2013

De la viande fraîche pour le fort Saint-Joseph!

Photos: Joseph Gagné 2012

J’adore visiter l’« Open House » du Fort St. Joseph Archaeological Project lorsque j’en suis capable. Ce fort, redécouvert en 1998 dans la municipalité de Niles, au Michigan, fait aujourd’hui l’objet de fouilles archéologiques menées par les étudiants de la Western Michigan University. À chaque année au mois d'août, ils invitent le public pour observer leurs travaux. Cela fait depuis 2010 que j’entretiens des relations avec eux pour me tenir au courant de leurs découvertes annuelles. En août 2012, j’ai eu l’honneur de me faire inviter à donner une présentation au sujet des miliciens du fort Saint-Joseph à la Indiana Center for History de South Bend, à quelques minutes de route de Niles. Alors que j’entreprenais mes propres fouilles archivistiques pour préparer mon communiqué, je suis tombé sur un document particulier. Avant de vous le révéler, je dois vous dire que je savais déjà que l’équipe du fort Saint-Joseph retrouvait régulièrement des montants exorbitants d’os de chevreuil, sans savoir pourquoi qu’il y en avait autant! Alors, imaginez ma surprise et ma joie en découvrant un premier document nous offrant un peu de contexte sur le lien entre ces ossements et l’histoire du fort. Encore plus excitant, c’était de voir la réaction des archéologues en leur apprenant la nouvelle! (Note : Il se peut que les chiffres ci-dessous soient mal alignés selon votre écran)
Mémoire de ce que moy Menard a fourni au Roy, [par/pour] La Subsistance des gueriers.

Scavoir

                                                                                             #      s       d[*]

Du 1.r [Aoust]…   1. chevreuil entier…                   6

Du 2.e [oust]…      2 pieces de viande a 3/.10s    7

Du 3.e [oust]…      1 chevreüil                                    6

Du 4.e [oust]…      1 piece de viande                       3           10

Du [5]e [oust]…     la moitié d’un chevreuil         3.                             

                                                                                   25.#    10.s       [0].d

fait a S.t Joseph ce cinq.e Aoust. Mil Sept cent trente neuf.

Nous capitaine commandant Le partie que Monsieur Le General envoit par Misilimakina, a Monsieur de Bienville Et nous Lieutenant commandant a S.t Joseph, certifions que françois Mesnard a fait Les fournitures Cy dessus pour la Subsistance des guerriers, pendant qu’ils ont été a S.t Joseph, pour Le payement des qu’elles il Luy est dû La Somme de Vingt cinq Livres Dix Sols, fait a S.t Joseph. Le Sept.e Aoust Mil Sept cent trente neuf. Signé, Celerons, coulon de villier a eu Signé Beauharnois. Pour Copie Varin.
* # = livres, d = deniers, s = sols 
Source : Archives des Colonies, Series C11A, Vol. 78, Folio 283.

Pour plus d'informations sur les fouilles archéologiques au fort Saint-Joseph, visitez : http://www.wmich.edu/fortstjoseph/ et http://www.supportthefort.net/.

19 February 2013

Accident de feux d'artifice

Je viens de commencer la lecture des seuls mémoirs connus d'un soldat des troupes de la Marine du Canada. L'auteur est sans doute Joseph-Charles Bonin, dit Jolicoeur (voir à son sujet pages 4 et 5 de ce lien). Il capte immédiatement l'attention du lecteur alors qu'il décrit son parcours au Canada tout en insérant de croustillantes anecdotes sur les moeurs des gens qui l'entourent. J'ai loin d'avoir terminé de lire son livre, toutefois je me permets de citer une histoire qui m'a particulièrement accroché:
[Année 1752]
Peu après cette époque, on ordonna une fête à l’occasion de la naissance du Duc de Bourgogne fils du Dauphin […]. Des préparatifs furent faits pour tirer un feu d’artifice, ce furent les canonniers qui en eurent la direction, sous les ordres de leur commandant ; je fus par conséquent du nombre des travailleurs, ce qui m’obligea de quitter le négociant chez lequel je travaillais et où j’étais comme un enfant adoptif ; nous fûmes occupés trois mois à la préparation de cet artifice. Le 13 juillet était le jour fixé pour tirer le feu, douze canonniers furent chargés de l’exécution, j’en fis partie. Le jour arrivé, on nous revêtit d’habits et de casques de peau par précaution, ce qui ne fut pas inutile, car au moment où nous n’attendions que le signal pour mettre le feu, une mêche allumée et portée sans précaution, mit en passant le feu à une fusée qui par son explosion la communiqua à une boîte où il avait cent fusées, lesquelles partant mirent le feu à plusieurs autres et bientôt tout l’artifice du théâtre fut enflammé et brûla une partie de la charpente. Ce fut l’ouvrage d’un quart d’heure; cinq canonniers furent entièrement brûlés et quatre grièvement blessés. Comme mon poste se trouvait à des accessoires un peu éloignés du théâtre, je fus moins exposé et cependant pas assez éloigné pour ne pas me sentir de l’explosion, car les fusées portèrent dans tous les sens et m’enveloppèrent de telle sorte qu’il me fallut rester immobile à ma place, je n’en fus pas moins blessé, mais légèrement à l’épaule et mon vêtement en partie brûlé. La violence du feu étant apaisée, je pus alors quitter ma place pour m’approcher du théâtre à moitié brûlé ; je ne fus pas peu surpris de trouver autant de morts et de me voir troisième de sauvé. Beaucoup de spectateurs furent pareillement surpris, de ce que nous n’étions pas tous péris ; chacun nous en témoigna sa joie. L’intendant nous fit donner à chacun une gratification de cinquante francs. 
Cet artifice n’ayant pas eu le succès désiré, il fut décidé d’en commencer un autre pour être exécuté sur la rivière Saint-Charles, vis-à-vis l’intendance, le premier septembre suivant. Il fut beaucoup plus tôt prêt que le premier, parce que tous les matériaux étaient préparés ainsi que de l’artifice qui restait du premier feu. Je fus encore employé à ce travail ; le jour arrivé pour tirer ce feu, j’y éprouvai encore un petit accident qui ne fut pas moins périlleux, mais qui était l’opposé du premier. Mon poste était d’aller en bateau mettre le feu à de l’artifice fait en dauphin et posé à une des distances latérales du théâtre, le moment arrivé je me pressai trop vite à sauter dans le bateau qui devait me conduire et je tombai dans l’eau. Heureusement que le batelier me retira promptement et j’en fus quitte pour être mouillé et sans me décourager je remplis ma mission ; ensuite je me fis conduire à terre, où je fus obligé de changer d’habillement. Mon aventure ayant été rapportée à l’intendant, il me gratifia de deux louis, en sus des vingt quatre francs qu’il accorda à chacun des canonniers employés au nombre de vingt, à cette réjouissance.
Source : CASGRAIN, H.R. (éditeur). Voyage au Canada dans le nord de l'Amérique septentrionale fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B., Québec, Imprimerie Léger Rousseau, 1887. pp. 41-23

Note: Pour les intéressés, le livre entier est disponible gratuitement sur Archive.org suivant ce lien.

18 February 2013

Vente d'esclave

Source: Chicago History Museum, French America Collection, Box 2, Vol. 1, pp. 89-191, 
Chappeau, Louis. Deed of sale of a slave. August 15, 1731.

Pardevant [N.re] fut Present Louïs Chappeau Dem.t En Cette ville Lequel a Reconnu et Confessé avoir par Ces presentes vendu A sieur Pierre Guy mar.d Bourgeois de Cette Ville [a ce propos] et acceptant un sauvage de nation patoka agé D’Environ Dix a Douze ans Lequel Il Gar Led.t Chappeau Garentie de Lad.t nation patoka Et a luy appartenant Pour et moyennant La Somme de Deux Cent Livres que Led.t Chappeau a Reconnu avoir Eu et Recu Ce Jourd’huy Dud.t S.r guy En Castors et pelteries Donc Il Est [Contant] De Laquelle somme Il tient quitte Led.t S.r Guy Et tous autres, Et au Cas que Led.t Sauvage se trouve Renard Et qu’il fust Retiré Des mains Dud.t S.r Guy soit soit par l’ordre M.r [de] Monseigneur Le Gouverneur [Genera…] General ou par autre; Connu Renard En Ce Cas Le d.t Chappeau promet et soblige Rembourser aud.t S.r Guy Lad.t somme de Deux Cent Livres En pelteries Castors Et pelteries Comme [Dit] au prix Des marchands Equippeurs [a peine] [&/de] tous [Dépence/d’offre sur] Dommages Et Interests [Car ainsy] & […] [pour] le [Lexecution/…-cation] [D…-feutes] Led.t Chapeau a Ellu son Domicille En Cette Ville La Maison & […-arry/Jarry] sise Rue nôtre Dame auquel Lieu & [nonnobstant] & Le promettant & obligeant & [Rennoncant/Reconnaissant/Rem...-ant] & fait Et passé aud.t montreal [Etude] dud.t no.re L’an mil sept cent quinze le trente un Le quinzieme Aoust apres midy En [présence] Des [Sieurs] Charles Benoist Et Etienne [Nivard] [S.t Disier] temoins qui ont signés avec le d.t S.r Guy Et no.re Led.t Chapeau a Declaré ne scavoir Escrire ny Signer [de Celaquis] apres Lecture faite [suivant] [Lond.] Six [m…-t…-r] Barrés […]

Guy,
Charles BenoistSt. disier
Lectures sugérées: 

RUSHFORD, Brett. Bonds of Alliance: Indigenous and Atlantic Slaveries in New France. University of North Carolina Press, 2012. 416 p.

TRUDEL, Marcel. Deux siècles d'esclavage au Québec. Montréal, Bibliothèque québécoise, 2009 [2004 chez Hurtubise HMH]. 360 p.