17 November 2017

Avant l’Ontario français : la curieuse Nouvelle-France

Photo : Radio-Canada / Patrick Wright
Ce vendredi dernier je suis passé sur les ondes de Radio-Canada sur l'émission Le matin du Nord. Vous pouvez écouter l'entrevue ici: http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/le-matin-du-nord/segments/entrevue/47415/mdn-histoire-nouvelle-france-joseph-gagne-chapleau

14 November 2017

Conférences, édition automne 2017

Ce n'est pas le nord, en tout cas!
La saison des conférences automnales m’a gardé très occupé cette année. J’ai passé une bonne partie du mois d’octobre au Michigan chez de bons amis, entre deux colloques. En tout, j’ai donné trois communications en moins d’un mois.

La rivière Mobile

Marqueur indiquant approximativement où on croyait
se trouvait le premier site de La Mobile

L'archéologue Greg Waselkov nous présentant le chantier archéologique.
Les sillons indiquent l'emplacement des murs des maisons.

Ici se trouvait un des bastions du premier fort de La Mobile

La première fut à La Mobile en Alabama, pour le congrès annuel du Centre pour l’étude du Pays des Illinois. Invité à y participer par l’archéologue Greg Waselkov, j’ai eu l’immense plaisir de découvrir l’ancienne capitale de la Louisiane. La journée du vendredi 6 octobre fut consacrée à la visite de différents sites importants du Régime français dans la région. Pour débuter, nous avons eu le plaisir de visiter le chantier archéologique de la vieille Mobile sur la rivière du même nom. Le site, aussi intéressant et riche en artéfacts soit-il, pose de nombreux défis aux archéologues : son cimetière, par exemple, se trouve sous un marécage qui s’est formé suivant la construction de deux routes sans drainage. C’est d’ailleurs dans ce cimetière où se reposerait Henri de Tonty. N’empêche que le site demeure d’une richesse exceptionnelle pour le patrimoine archéologique du sud des États-Unis.

Le musée d'archéologie de la University of South Alabama.

Malgré sa petite taille, ce musée contient une excellente exposition sur
la présence amérindienne et française à La Mobile.

Greg Waselkov explique les artefacts aux chercheurs présents.

Après, nous avons visité la magnifique University of South Alabama Archaeology Museum. Malgré sa petite taille, il s’agit néanmoins d’un des plus beaux musées dédiés à un site de la Nouvelle-France.

La maison La Pointe-Krebs, la plus vieille maison française encore debout
dans le sud des États-Unis.

Finalement, nous avons eu le privilège d’aller dans l’état voisin, au Mississippi, pour visiter la maison La Pointe-Krebs, sans doute la plus vieille construction française existant toujours dans le bassin du golfe du Mexique. Bien qu’il y ait un doute à savoir si la maison date réellement des années 1750 ou si son bois de construction a été simplement recyclé d’une maison antérieure, son statut patrimonial en demeure intact tout de même.

Cathrine Davis parle au sujet des sceaux de plombs.

Quand on fuit un ouragan, il faut s'approvisionner!
Alors que tous et toutes se plaisaient à visiter ces endroits, on ne pouvait s’empêcher d’être nerveux : on annonçait l’arrivée de l’ouragan Nate pendant la fin de semaine. Dans une tentative de sauver les meubles (le cas de le dire!), nous avons présenté pendant la réception du vendredi soir les conférences qui devaient avoir lieu samedi après-midi. J’y présentais ma recherche sur l’espionnage en Louisiane pendant la guerre de Sept Ans. Le lendemain, nous avons compressé les autres communications en matinée, nous donnant ainsi amplement de temps pour quitter la région. Si l’ouragan, en fin de compte, ne fit que quelques pannes d’électricité (un peu plus de 50 000 habitants) et quelques inondations anticipées, il valait mieux être prévoyant et ne pas tirer le diable par la queue.

Au cas où on oublierait qu'ici, c'est le sud...

Entrée de Mammoth Cave

Des fantômes? Non! Une photo à longue exposition.
(Il fait sombre dans une caverne!)

La cavité à qui on doit le nom de la caverne entière.

Ce qui restait de l'ouragan Nate nous avait rattrapé au Kentucky.

Sur le chemin du retour, j’ai eu l’immense plaisir d’accomplir un rêve d’enfance en visitant le célèbre Mammoth Cave au Kentucky. Le plus long réseau souterrain au monde, cette caverne a toujours frappé mon imaginaire depuis que j’ai écouté avec mon père un documentaire sur les grottes. C’est d’ailleurs l’histoire de cette équipe de spéléologues qui, en 1972, firent la découverte du lien entre la caverne Flint et Mammoth qui m’a toujours hanté en particulier : quelle aventure! Quel courage! Si ma petite visite d’une heure et demie ne se comparaissait pas à leur accomplissement, elle n’était pas moins fascinante. J’ai certainement l’intention de retourner visiter ce parc national à l’avenir.

Cathrine Davis présente sa recherche sur l'artillerie au fort Ticonderoga.
Du 13 au 15 octobre, je me déplaçais pour participer à la 13e édition de la Midwest Historical Archaeology Conference qui avait lieu à la Purdue University à Lafayette, Indiana. C’est avec grand plaisir que j’acceptais l’invitation de l’archéologue Michael Nassaney à venir discuter de mon expérience en tant qu’historien avec des reconstituteurs historiques (Historical reenactors).

J’ai d’ailleurs adoré le format de la conférence. Normalement, dans le déroulement habituel d’un colloque, chaque présentateur donne une communication de 20 minutes avec une période de questions de 20 à 30 minutes à la fin de la séance. Au lieu, nous avions chacun ici 10 minutes pour parler. Après, chaque présentateur s’assoyait à une table et discutait avec les gens qui s’y trouvaient. Après 10 minutes, il y avait une rotation des gens. J’ai trouvé que ce format était plus constructif que celui auquel j’étais habitué. Je craignais d’abord que je me répèterais à chaque table, par peur de sans doute recevoir les mêmes questions. Mais non! Sur les 5 ou 6 rotations, je ne me suis jamais répété. Ce format, selon moi, mène à des discussions plus constructives et enrichissantes que le format traditionnel des colloques.


Le site archéologique du fort Ouiatenon.
Tout près du vrai site du fort Ouiatenon se trouve le "Blockhouse",
une reconstitution anachronique de 1930.
La rivière Wabash, une des routes fluviales les plus importantes sous le
Régime français.
Le clou de la conférence fut la visite du site archéologique du fort Ouiatenon. Bien que le site s’agisse pour l’instant que d’un champ sans vestiges visibles à la surface, la Tippecanoe County Historical Association espère créer un centre d’interprétation. Justement, avant de visiter le site, nous avions eu le plaisir de participer à une séance de remue-méninges en vue de sa construction.

Enfin, du 19 au 21 octobre avait lieu le congrès annuel de l’Institut d’histoire de l’Amérique française à Montréal où je présentais au sujet de l’utilisation du déguisement pour infiltrer et espionner l’ennemi pendant la guerre de Sept Ans. Je suis heureux d’annoncer que ma communication a été bien reçue, et que mon directeur m’encourage d’en faire un chapitre dans ma thèse. On verra!

D’ailleurs, parlant de ma thèse, après trois semaines chargées à courir les conférences, il est maintenant le temps que je m’y remette! À bientôt!

19 September 2017

L'épouse de Frontenac

En train de faire de la recherche iconographique pour une communication à venir, je suis tombé sur cette superbe toile sur le site web des collections du château de Versailles. Je vous présente Anne de la Grange-Trianon, comtesse de Frontenac. Oui oui, épouse de CE Frontenac.

Pas étonnant que le comte de Frontenac ait répliqué à Phips avec autant de verve, lorsqu'on considère voici l'épouse qui l'attendait en France: 


Vous pouvez en apprendre d'avantage sur la comtesse et son mari dans l'article qui leur est consacré dans le Dictionnaire biographique du Canada.

Fort de la Présentation

Des nouvelles provenant de chez nos voisins américains par rapport à l'ancien fort de la Présentation: Work Begins On Trail At Former French Fort. Ogdensburg, New York.


18 September 2017

Octobre et colloques

Bonjour chers lecteurs/trices,
je tenais à m'excuser si je n'écris pas grand chose ces jours-ci: je suis à cheval entre la saison des demandes de bourse et celle de préparation de communications pour des colloques en octobre prochain. Pour me faire pardonner, voici mes deux diapositives d'introduction (j'y consacre beaucoup trop d'effort *rires*). À bientôt!


13 August 2017

Ressources utiles pour déchiffrer la paléographie

Le dimanche 13 août dernier, j'animais un atelier de paléographie dans le cadre des Rendez-vous d’histoire de la Nouvelle-France. Voici quelques documents utiles évoqués pendant l'activité.

*****

Pour trouver des documents et des sources datant du Régime français, il existe des outils de recherche utiles:
  • Archives de la Nouvelle-France: http://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/exploration-colonisation/archives-nouvelle-france/Pages/archives-nouvelle-france.aspx
  • Dechêne, Louise. Inventaire analytique des documents relatifs à l’histoire du Canada conservés en France au Service historique de l’Armée. Québec, Ministère des Affaires Culturelles, Vol. 1 et 2, 407 p.
  • Lessard, Rénald. Guide des copies d’archives d’origine française. Québec, Gouvernement du Québec, 1990. 488 p.
  • Menier, Marie Antoinette, Etienne Taillemite, et Gilberte De Forges. Correspondance à l’arrivée en provenance de la Louisiane. Tome I (articles C13 38 à 54, C13 B 1, C13 C 1 à 5). Paris, Archives Nationales, Inventaire des Archives coloniales, 1976. 479 p.
Bibliothèque et Archives nationales du Québec offrent également plusieurs outils:
  • Répertoire des notaires et registres paroissiaux
    • Greffes de notaires : disponibles jusqu’en 1932
    • 653 greffes originaux au centre de Québec, la majorité microfilmés
  • Pistard (pistard.banq.qc.ca)
    • Accessible à distance
  • Parchemin
    • Accessible seulement dans les salles de recherche de BAnQ
    • Inventaire complet des minutes notariales canadiens entre 1626 à 1789. (Bémol: que les documents originaux qui ont survécus à aujourd’hui)
  • Programme de recherche en démographie historique, Université de Montréal (www.genealogie.umontreal.ca)
  • Ancestry.com
  • Nouvelle-France électronique (https://nouvellefranceelectronique.wordpress.com/)
  • Etc.

N’hésitez surtout pas à demander de l’aide des archivistes!

Avant de plonger dans les sources, lisez d’autres transcriptions afin de vous familiariser avec les formules habituelles
  • Par exemple : Marcel TrudelLa Nouvelle-France par les textes. Les cadres de vie. Montréal, Bibliothèque québécoise, 2011 [2003]. 399 p.
Et disponibles sur sur Gallica:

  • Ferrière, Joseph-Claude. La science parfaite des notaires, ou Le parfait notaire : contenant les ordonnances, arrests & réglemens rendus touchant la fonction des notaires, tant royaux qu'apostoliques. Tome 1 / . Avec les stiles, formules & instructions pour dresser toutes sortes d'actes... Nouvelle edition. Revûë, corrigée & augmentée sur celle de feu Me Claude-Joseph de Ferriere... Par le sieur F. B. De Visme. Tome premier. Paris, Saugrain, père, libraire, 1752. 2 volumes.
  • Ranconnet, Aimar. Thresor de la langue francoyse tant ancienne que moderne […] revu et augmenté... par Jean Nicot [et al]. Paris, D. Doucet, 1606

Pendant vos lectures, vous pouvez consulter ces livres de référence pour vous aider à déchiffrer la graphie difficile:
  • Académie française. Le dictionnaire de l'Académie françoise, dédié au Roy. Deux tomes. Paris, Veuve J. B. Coignard et J. B. Coignard, 1694.
  • Académie française. Dictionnaire de l'Académie françoise. Deux tomes. Paris, Veuve B. Brunet, 1762.
  • Audisio, Gabriel et Isabelle Rambaud. Lire le français d’hier. Manuel de paléographie moderne XVe – XVIIIe siècle. Paris, Armand Collin, 2011 (1997, 1991). 278 p.
  • Fournet-Fayard, Alain. Pratique de paléographie moderne. Saint-Étienne, Cedex, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2002. 150 p.
  • Lafortune, Marcel. Initiation à la paléographie franco-canadienne. Les écritures des notaires aux xviie—xviiie siècles. 3 tomes. Montréal, Société de recherche historique Archiv-Histo Inc., 1982. Coll. « Méthode ». 
  • Lapointe, Vicky. Déchiffrer un document historique sans douleur (ou presque)- Ressources en paléographie. En ligne:  http://tolkien2008.wordpress.com/ (faites une recherche pour paléographie)
  • National Archives – Palaeography: Reading old handwriting 1500-1800: A practical online tutorial. http://www.nationalarchives.gov.uk/palaeography/
  • Scripto (www.scripto.org)
Rappelez-vous: la paléographie requiert de la patience et de la pratique. Prenez votre temps et amusez-vous!




09 August 2017

De l'importance des dictionnaires d'époque

En tant qu'historien, je suis spécialiste d'une époque particulière. Cela ne veut pas dire pour autant que je suis familier avec tous les particuliers de cette époque! Voici un exemple qui m'a vraiment fait gratter le ciboulot en essayant de comprendre cette anecdote de Bougainville pendant le siège du fort Carillon en 1758: 
Na. Le Sr Marin avait proposé à St-Jean, de se jeter dans des bateaux sans aucun délai, d’arriver à Carillon avec du biscuit ou de la colle, de faire, en débarquant dans le bois, le cri sauvage dont les Anglais ont une grande frayeur et d’essayer par cette attaque imprévue de rompre la ligne des ennemis, s’ils nous eussent bloqués. Mais ce conseil était celui d’un jeune homme plus zélé que prudent. Nestor fut souvent obligé d’arrêter la fougue des Achille et des Ajax. (Louis-Antoine de BOUGAINVILLE, Écrits sur le Canada, Québec, Septentrion, 2003, p. 284.)
Du biscuit ou de la colle? J'imaginais mal le rapport entre des biscuits et de la colle et une attaque contre la ligne britannique... 

C'est donc en vérifiant le Dictionnaire de l'Académie française de 1762 (disponible avec un moteur de recherche sur Dictionnaires d'autrefois) que j'ai percé ce mystère:
Biscuit: [...] On dit proverbialement & figurément, S'embarquer sans biscuit, pour dire, S'engager à une entreprise, sans avoir les choses nécessaires pour y réussir. 
Colle: [...] On appelle Colle, parmi le petit peuple; une bourde, une menterie, & une chose controuvée à plaisir. Voilà une bonne colle, une franche colle. Il lui a donné une colle.
Bref, de toute évidence, Bougainville est donc en train d'expliquer que l'opération suggérée par le sieur Marin était un plan broche à foin, comme on dirait de nos jours!


31 July 2017

"Vapeurs"

Bougainville et la médecine du 18e siècle:
"Le 16, à bord du Bizarre, 4 matelots voulaient vider une barrique pleine d’eau de mer, servant de lest; dès qu’ils eurent levé le bondon, deux tombèrent morts sur la place, les deux autres sont à l’hôpital fort malades. Qu’on juge de la force de la vapeur empoisonnée!"

Source: Louis-Antoine de BOUGAINVILLE, Écrits sur le Canada, Québec, Septentrion, 2003, p. 240.

25 July 2017

Les rendez-vous d'histoire de la Nouvelle-France 2017


Cette année, je participe aux Rendez-vous d'histoire de la Nouvelle-France, du 10 au 13 août 2017. Voici la description tiré du site web de l'événement:
Les rendez-vous d’histoire de la Nouvelle-France sont le fruit d’une initiative citoyenne… et historienne. On y propose une programmation résolument axée sur l’HISTOIRE de cette période fascinante qu’est la Nouvelle-France, avec des conférences courtes (30-40 min.) et des activités centrées sur la vie quotidienne, culturelle, sociale, commerciale et militaire de nos ancêtres des 17e et 18e siècles. Grâce à la générosité du Griendel brasserie artisanale et des éditions du Septentrion, ainsi qu’à tous les intervenants et bénévoles, toutes ces belles activités sont offertes entièrement gratuitement aux amoureux de l’histoire.
Pour l'horaire des présentations et toute autre information: https://rvhistoirenouvellefrance.com

Venez dire bonjour!


Les Pirates sont débarqués!

Un petit "shout-out" à deux de mes lecteurs qui figurent dans le récent article de la CBC au sujet des pirates présents à la régate des grands voiliers de Québec. Bravo Samuel et Byanka! 



17 July 2017

Voyage en Virginie

Jusqu’ici, mes pérégrinations américaines ont été menées surtout sur l’ancien territoire de la Nouvelle-France. Cette fois-ci au lieu, j’ai eu le plaisir de visiter une ancienne colonie britannique : la Virginie. Spécifiquement, j’ai visité le « triangle historique », une région de l’état qui permet de faire un tour complet de son histoire coloniale ainsi que celle des États-Unis. De sa fondation à Jamestown, en passant par le 18e siècle à Williamsburg, pour enfin rejoindre la naissance de la nouvelle république avec la victoire américaine à Yorktown, c’est tout près de 175 ans d’histoire qu’on peut visiter dans une circonférence faisant moins d’une heure de route.

Mon petit compagnon de voyage était le livre L’Amérique avant les États-Unis par Bertrand Van Ruymbeke, publié chez Champs, collection Histoire. Pour mes lecteurs curieux d’en apprendre plus sur l’histoire coloniale anglaise/britannique, je vous suggère cette excellente synthèse. D’ailleurs, l’auteur peut s’enorgueillir du fait que je n’ai toujours pas réussi à trouver un homologue de son livre de même qualité en anglais.

La première chose que j’ai remarquée sur la route est la végétation complètement différente à celle laquelle je suis habitué dans le Nord. C’est peut-être un peu naïf de ma part, mais je trouve ça très intrigant et charmant de me sentir dépaysé par la végétation. Ici, ce n’est plus le conifère qui est maître, mais le feuillu : d’innombrables arbres que je ne saurais nommer parsèment les montagnes de la Pennsylvanie et de la Virginie. Les paysages, en effet, sont magnifiques : on doit d’ailleurs se méfier sur la route d’être trop distrait par l’attrait des alentours, souvent à couper le souffle. Et tentez de les photographier tant que vous voulez, les photos ne pourront jamais capturer la pleine grandeur magnifique des Appalaches.

Notre arrivée à destination avait pris plus de temps de prévu, puisque Cathrine, la conductrice, insistait de passer en marge des grandes villes au lieu de suivre la route la plus directe. Je dois d’ailleurs proposer que même en suivant la route la plus courte, il est préférable de diviser son déplacement entre deux jours afin d’éviter les mêmes mauvaises surprises que les nôtres. La circulation était souvent imprévisible, même à l’extérieur des grandes villes comme Baltimore et Washington. Dans notre cas, avec notre détour, ça nous a pris 20 heures de route.

Cabane au KOA
Pour épargner, nous avons logé au KOA de Williamsburg. C’était un plaisir de se reposer le soir auprès d’un bon feu de camp, à siroter une bière locale. J’ai même droit de me venter que nous n’avons jamais utilisé d’allumettes pour allumer notre feu, mais plutôt le batte-feu et le silex, comme à l’époque! Le soir, on s’amusait à admirer les chauves-souris qui menaçaient les insectes attirés par le lampadaire sur le chemin menant à notre cabane. Un hibou ululait et on se sentait à l’aise. Il ne restait plus qu’une bonne nuit de repos avant de visiter ce que nous étions venus voir.

Je recommande à quiconque veut visiter la Virginie de se payer une passe pour le « Historic Triangle ». Au lieu d’acheter une entrée pour chaque attrait historique individuel, cette passe générale vous fait épargner sur l’ensemble. D’ailleurs, si vous restez dans un KOA, achetez votre billet sur place pour bénéficier d’un rabais de plus. Normalement vendu à environ 100$ américains taxes incluses, le billet nous a plutôt coûté 87$ chacun. Il vaut certainement la peine: il s’agit d’une passe de 7 jours qui vous permet de visiter tous les musées et sites reliés à Jamestown; Williamsburg et ses musées; et enfin le parc national de Yorktown et le musée de la Révolution américaine.

Cathrine au College of William & Mary
Le lendemain, c’était le rendez-vous avez notre première destination : le College of William & Mary. Fondé en 1693 par des membres de l’Église anglicane, il s’agit d’une des plus vieilles universités en Amérique. J’accompagnais Cathrine qui espère y poursuivre le doctorat. En effet, son programme d’archéologie ainsi que son programme d’histoire sont parmi les plus prestigieux aux États-Unis.


La maison du gouverneur

House of Burgesses, l'assemblée de la Virginie coloniale.

Thomas Jefferson

Si Jamestown mérite l’éloge de premier lieu d’établissement anglais, c’est toutefois la capitale, Williamsburg, qu’on peut qualifier comme étant l’homologue du Vieux-Québec, à une exception près : ici, non seulement la vieille ville a-t-elle été reconstituée et préservée, mais elle fait l’objet d’une reconstitution historique poussée avec d’innombrables acteurs recréant la vie au 18e siècle. En effet, au tournant du siècle, la capitale fut déplacée de Jamestown à Williamsburg, jugé mieux protégé à l’intérieur des terres. Au début du XXe siècle, John D. Rockefeller Jr. s’est laissé persuadé d’investir des sommes importantes pour la préservation et la reconstruction partielle de la ville. Aujourd’hui, la ville est un fleuron important parmi les sites historiques des États-Unis.



Si la reconstruction de Williamsburg peut toutefois parfois sembler un peu Disney-esque, il ne faut pas se leurrer: plusieurs reconstituteurs présents sur place sont de véritables experts du domaine qu’ils représentent. Par exemple, Cathrine et moi avons eu beaucoup de plaisir à parler avec un spécialiste des textiles d’époque, ainsi qu’avec un charron. Il faut se rappeler d’ailleurs que Williamsburg s’agit du plus grand musée plein air en Amérique, tout comme Louisbourg au Canada. Ses collections sont souvent utilisées comme référence chez d’autres musées et ses bâtiments sont souvent utilisés comme arrière-plan pour de nombreuses séries télévisées (dont le récent Turn).

Ne ratez surtout pas le musée d'art de Williamsburg!
Il s'agit à la fois d'un musée d'histoire.
 Je n’ai qu’une recommandation importante à faire pour quiconque planifie visiter Williamsburg : ne ratez surtout pas le musée d’art. Nous avons fait l’erreur d’attendre à la dernière minute pour le visiter, sans savoir que nous aurions pu aisément y passer une journée entière. Son art colonial et ses objets d’époque vont envoûter les amateurs du 18e siècle.
 
À ce jour je regrette ne pas l'avoir acheté...

À l'intérieur d'un des navires reconstruits.

Le site du "Jamestown Settlement",
une reconstitution du fort James datant de 1607.

Après deux jours passés à Williamsburg, ce fut un plaisir de découvrir le site archéologique de Jamestown; en effet, les vestiges de la première colonie anglaise permanente en Amérique datent de 1607, un an avant la fondation de Québec par Champlain. J’ai été stupéfié de découvrir que Jamestown ne compte pas un, pas deux, mais trois musées dédiés à la fondation de la colonie, ceci alors que Québec annonce la fermeture du seul petit musée dédié à la Place Royale. C’est vraiment une honte pour le Québec et le Canada de ne pas investir autant dans leur histoire que le fond les Américains.
 
Les fouilles archéologiques sont en continue à Jamestown.
Leur programme de rayonnement publique est un
des meilleurs au monde.

Une représentation de Matoaka,
alias Pocahantas.

John Smith, dont la réputation a
récemment été réévaluée par les historiens.

Il y a techniquement deux sites à visiter pour Jamestown: le « settlement » et le site archéologique. Le premier comporte un musée extraordinaire et une reconstitution du site avec de nombreux interprètes. Ce site possède également des répliques des trois premiers navires à s’être accostés lors de la fondation. Mais de loin, la meilleure partie de cette visite est le musée récemment rénové. En tant qu’historien spécialiste des XVIIe et XVIIIe siècles, j’ai été épaté d’apprendre du nouveau, ce qui n’arrive pas souvent. Un aspect du musée que j’aimerais applaudir en particulier est l’exposition sur les esclaves noirs apportés à Jamestown. Les concepteurs du musée ne se sont pas contentés de conter leur histoire qu’à partir de leur arrivée, mais ont pris la peine de récapituler le contexte de leur capture en Angola. En plus, le musée entier se consacre à expliquer aux visiteurs les trois cultures présentes à Jamestown : les Anglais, les Africains et, bien sûr, les Powatans. Le produit final est une expérience révélatrice qui réussit à bien nous introduire aux enjeux sociaux, politiques et souvent personnels soulevés par la rencontre (lire : choc) des trois cultures.
 
Bronze illustrant le fort James.


Artefacts tels qu'ils ont été trouvés
dans un puits.

Le deuxième site s’agit de l’emplacement réel du fort James, découvert en 1994. Si le musée qui introduit le lieu n’est pas aussi impressionnant que l’immense musée au Settlement, le musée d’archéologie, lui, est à ne pas manquer. L’Archaearium, ainsi nommé, expose de nombreux artéfacts découverts sur le site. Je n’ai jamais vu un aussi beau musée dédié à l’archéologie. Et pour les plus frileux, sachez qu’une section est dédiée aux dépouilles retrouvées sur le site, dont celle d’une jeune anonyme baptisée Jane, victime de cannibalisme durant l’hiver 1609. Bref, Jamestown et ses musées ne font pas que nous enseigner les événements de la fondation de la Virginie, mais réussissent également à nous faire revivre les vies et mœurs des gens qui s’y trouvaient et les épreuves qu’ils ont souffert.
 
Devant Monticello

Thomas Jefferson

La tombe de Thomas Jefferson

Même s’il ne figure pas dans le « package » du triangle historique de la Virginie, nous avons fait 2 heures de route pour visiter Monticello, la maison construite par Thomas Jefferson. Diplomate, francophile, troisième président des États-Unis et l’auteur de la Déclaration d’indépendance, Jefferson est l’incarnation même de l’esprit des Lumières et du 18e siècle. L’homme est également un paradoxe : bien qu’il a prêché la liberté individuelle pour ses concitoyens, à l’inverse il a toujours refusé de libérer ses esclaves et a opté de confier la question d’émancipation à la prochaine génération de politiciens. Sans l’exonérer pour autant à ce sujet, il faut tout de même lui rendre notre admiration pour toutes ses autres réussites très progressistes pour son époque. Pour quiconque s’intéresse à sa vie, un passage à Monticello est obligatoire. Visitez également sa tombe, tout près: il ne s’agit pas ici tant d’une visite que d’un pèlerinage, selon moi.

Notre excellent guide à Yorktown.

Une des rares commémorations des Français à Yorktown

George Washington en bonne compagnie.
La visite de Yorktown fut rapide, puisque nous allions visiter à la fois le nouveau musée de la Révolution américaine. Si le site vaut certainement la peine d’être visité, je dois dire que j’étais un peu déçu du traitement de la mémoire des Français. D’une part, les guides et les interprètes répétaient sans cesse que la victoire finale des États-Unis contre la Grande-Bretagne revenait en réalité à la France, leur allié; de l'autre, sur les lieux, peu de commémorations existent outre des indications des emplacements des forces françaises. Si les morts américains ont droit à un superbe cimetière d’état, les Français ont au plus une petite croix blanche et une plaque qui soulève l’emplacement ambigu de leur cimetière. La boutique n’offrait à peu près aucun produit ni livre commémorant l’aide française, à part un petit drapeau français.

Le pistolet offert à Washington par Braddock se trouve
au Smithsonian.

L'écritoire de Thomas Jefferson sur laquelle
fut écrite la Déclaration d'indépendance.

Le chapeau et le fouet d'Indiana Jones.

Lafayette

National Archives, un 4 juillet!

Le Hope Diamond aurait appartenu à Louis XIV,
Louis XV et Louis XVI.

Non, je n'ai pas vu Trump...

Au musée d'histoire naturelle de la Smithsonian.

Musée d'histoire américaine.



Nous avons eu la chance de passer quelques jours à Washington chez de la parenté à Cathrine. Si les guides indiquent que tous les arrêts touristiques intéressants peuvent se faire facilement à pied, cela ne veut pas dire pour autant qu’il est possible de tout visiter en deux jours. À preuve, j’ai dû me contenter de voir le monument de Lincoln et celui de Jefferson qu’au loin en auto. Notre priorité: marcher devant la maison blanche, visiter la place Lafayette, et visiter deux musées Smithsonian, dont les musées d’histoire américaine et d’histoire naturelle. Sans oublier une attente d’une heure pour voir les documents fondateurs des États-Unis aux National Archives, dont la Déclaration d’indépendance! (Et non, nous n’avons pas vu Nicolas Cage dans le coin…) Deux jours, c’est vraiment court pour visiter la capitale américaine!

Sur le chemin du retour, nous avons jugé qu’il était préférable de diviser le voyage en deux. Ceci nous a permis de visiter rapidement Gettysburg que nous avons croisé par hasard. L’arrêt en vaut la peine, bien que Cathrine m’assure que choisir entre le musée et le champ lui-même, vaut mieux voir ce dernier, ce que nous avons fait en deux heures et demie. Effectivement, entre autres, j’ai eu le plaisir de monter au haut d’une tour d’observation donnant une bonne vue d’ensemble du point de vue de l’armée confédérée, en plus de visiter le point sensible défendu par l’Union (Big Round Top et Little Round Top).
 
Au champ de bataille de Gettysburg.
Je ne pouvais m’empêcher d’être sidéré : il est incroyable de songer que l’indépendance américaine s’est jouée à Yorktown avec près de 19 000 combattants pour les États-Unis contre 9 000 britanniques, avec environ 400 tués (deux côtés confondus). Mais à Gettysburg, environ 80 ans plus tard, il se trouvait 104 000 combattants pour l’Union contre 75 000 Confédérés, avec plus de 30 000 tués sur le champ de bataille, presque autant de morts que pendant toute la guerre du Vietnam… Ce n’est qu’en pleine connaissance de ces chiffres qu’on peut avoir une réelle appréciation de l’importance de ce qui s’est déroulé sur ce champ, aujourd’hui paisible et dont on ne soupçonnerait pas le passé n’était-ce des innombrables monuments et effigies. L’émancipation que Jefferson hésitait à aborder un demi-siècle auparavant allait se régler à prix de sang…
 
En tout, un voyage mémorable!
Au final, ce voyage était non seulement une vacance bien méritée, mais aussi l’occasion de regarder l’autre bord de la clôture et d’observer une fois de plus comment les Américains commémorent leur histoire. Ce fut également l’occasion, pour un historien de la Nouvelle-France, de découvrir davantage la culture et les mœurs des colonies britanniques. En effet, il nous arrive trop souvent de traiter des Britanniques à l’époque comme s’il s’agissait d’un monolithe homogène lorsque la réalité était tout autre. Selon mon expérience, en comparant simplement Schenectady, New York, à Williamsburg, Virginie, on découvre une importante différence entre l’organisation spatiale, l’économie et la mentalité des deux régions. Si les Canadiens ne prenaient pas nécessairement la peine de différencier entre Britanniques, au contraire, ces derniers ne se faisaient pas de telles illusions sur leurs identités régionales.

Pour conclure, ce n’étaient ici que quelques observations et commentaires sur mes nombreuses expériences vécues pendant ce voyage. Je vous souhaite d’en vivre autant à votre tour!

#SWAG
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